LETTRES D’AMOUR

Posté par jeanpierreblanpain le 13 octobre 2016

 

1er  novembre 1961.

« Mon amour,

Il y aura une source de soleil, ruisselante, qui éclaboussera votre corps de lumière.

L’étoffe lourde et soyeuse de ses rayons ardents qui éclaboussera votre éblouissante nudité

Il  y aura vos regards humides, troubles comme l’étang, étincelant de clarté noire

Votre chevelure affolée de lueurs, votre chevelure comme l’olivier en flamme

Votre bouche écarlate, affamée, entrouverte sur la morsure à fleur de dents

Et ce sourire obsédant d’enfant tourmenté

Cette brûlure fulgurante du plaisir, qui vous déchire la peau et vous dévore les membres… »

9 novembre 1961.

« Amour…Amour…Amour,

Il y a des jours où on deviendrait fou  Je souffre chaque fois plus.

Si je te revois, je déserte…Je m’en fous, du reste. Il y a toi. Toujours toi, tu es pâle à côté, tout  me ramène à toi !

J’aurais dû te quitter quand il était encore temps. Quand on vous retire à moi, on me prend la vie.

Je n’ose pas regarder vos photos. Je n’ose plus penser à vous. Pardonne-moi, aujourd’hui, d’être faible. Oui, je peux vivre seul… Mais est-ce qu’on pourrait appeler ça vivre ? … Dans cette chambre, lorsque vous êtes venue, lorsque je vous caressais – immobile – une émotion m’est venue qui ne m’a plus quitté depuis, qui m’a bouleversé, m’a rempli de vous comme si vous vous étiez donnée de toutes les fibres de votre être… »

Jeudi 15 mars 1962.

« Tendre petite flamme

Voilà deux jours que j’attends, chaque midi et chaque soir, un coup de téléphone, une lettre – même froide – mais qui explique… Je pars à une heure cet après-midi. Est-ce que je ne saurais rien jusqu’à lundi ? Est-ce que je vais me traîner avec cette angoisse de votre silence ? Oh ! Si vous pouviez – juste un mot – quelque chose qui me dise que vous m’aimez… »

Lundi 9 juillet 1962

« Ce soir, enfin la Paix !!!

Oh mon âme, comme j’ai besoin de calme. Comment se fait-il que ces types ne peuvent s’arrêter un peu de parler pour rien ! On dirait qu’ils ont peur du silence. Comme s’ils craignaient de sentir le vide de leur existence intérieure.

Aujourd’hui, une grande joie : QUATRE lettres de vous !!! J’avais tellement soif de vous lire. Alors ?

Madame part en vacances, seule, à la conquête des plages bretonnes. Je suis triste : on était tous les deux sur cette petite plage, sur la falaise, et vous irez seule…et c’est  l’été !… »

On parle ordinairement de « bonnes feuilles » quand on est à court de vocabulaire. Ca fait partie du jargon journalistique. J’ai ouvert au hasard ce recueil de lettres qui fait 250 pages. 250 pages de très très  bonnes feuilles. « Tout est bon chez elles, ya rien à jeter », comme aurait dit Brassens. Impossible de choisir. Tout est magnifique. Formidable. Beau. Drôle. Poétique. Tendre. Doux. Chaud. En un mot AMOUREUX. Ce type de lettres que j’aurais aimé avoir envoyées à mon amoureuse. Mais je n’ai pas eu ce talent. En plus ces lettres, elles sont spontanées, je suis sûr qu’elles ont été écrites d’un seul jet à chaque fois, sans rature. Sans que la corbeille, à côté de la table se remplisse de boulettes de feuilles jetées, parce que ça n’allait pas.

Ces lettres ne sont pas écrites par qui vous pensez. Ni pour celle qui les a sorties d’un carton pour faire le buzz. Ou du bizz(ness). Si vous n’aviez pas compris, je veux parler des lettres que Mitterand a envoyées à Anne Pingeot. Non c’est mille fois mieux.

Ce recueil a été publié en avril 1987 chez Grasset. Il s’appelle « Lettres d’Amour d’un soldat  de vingt ans ». Le soldat c’est Jacques Higelin. Celle qui ouvrait sa boîte tous les jours pour les réceptionner, n’est pas citée. D’aucun disent que sans elle, Higelin n’aurait sans doute pas été Higelin. Quelle chance elle a eu ! Elles ont été écrites entre 1960 et 1962 alors que la Grand Jacques était soldat en France, en Allemagne et en Algérie.

 Il faut à tout prix les lire. Débrouillez-vous ! Je crois que ce livre est toujours « trouvable ». Sans doute en poche.  Sinon, il me semble qu’on peut en lire des extraits sur internet. En tout cas, c’est un livre dont je ne me séparerai jamais. Alors inutile de me demander de vous le prêter.

 

Laisser un commentaire

 

confidentiels |
1KAZOU, EXPOSE... |
jguytext |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Bienvenu à Etoile
| Mes portraits à partir d'un...
| ArtDesign by Ellyn